Savoir glaner les végétaux d’été

Par Isabel Harrisson

La pratique du glanage dans le cadre du métier d’artisan floral. C’est l’action de récolter des produits pour en tirer parti. Au Québec, comme partout dans le monde, nous possédons une manne de végétaux indigènes et naturalisés. Ils sont du plus bel effet dans les compositions florales, en plus de sortir l’artisan de sa zone de confort et de stimuler sa créativité.

Malheureusement, beaucoup de fleuristes ne veulent en rien, glaner, ou ignorent cette ressource. Ne savent pas la reconnaître ou la travailler. Et s’inquiètent de son potentiel en contexte de boutique puis chez le client.

Ici, nous vous présentons une liste non exhaustive de végétaux intéressants. On peut les trouver aux abords des routes, simplement en prenant l’air. Ou en observant la nature, l’environnement qui nous entoure.

Glaner sans aller bien loin

Durant notre propre visite, sans aller bien loin, nous avons rencontré un massif de quenouilles. Plusieurs hésitent à la présenter à leur clientèle. Elle est perçue comme une mauvaise herbe banale que l’on voit partout. Pourtant, la quenouille prend une autre image lorsqu’on la présente sous son nom latin : le Tipha. C’est une verdure qui permet des compositions très volumineuses de par sa hauteur.

Considérer qu’elle accompagne à merveille toutes les fleurs de lignes. On peut aussi facilement la courber, la plier, la fendre ce qui est très pratique pour créer des bases de bouquet lié. Sans compter que la quenouille se sèche très bien. Enfin, tous connaissent le potentiel décoratif de glaner son fruit qui peut être utilisé de bien des façons.

Glaner ces belles qui font du pouce en bordure de route !

On retrouve sur le bord des routes plusieurs variétés de plantes qui se sont évadées des jardins et qui se sont naturalisées. C’est le cas du lupin, lupinus en latin. Contrairement à la majorité des plantes en jardins et celles qui sont cultivées pour la fleur coupée ont des lignes pures, celles qui sont naturalisées nous imposent des courbes et des formes hors de l’ordinaire ce qui leur confère beaucoup de caractère.

Plus précisément dans le cas du lupin, on parle d’une fleur de ligne qui a une belle tenue en vase. On peut souligner ici que le fait de glaner inclut parfois des insectes avec les végétaux. Pour éviter que de petits amis s’invitent chez nos clients, une certaine vérification s’impose. Il faut oser secouer certains éléments tandis que d’autres auront parfois besoin d’un bon bain d’eau savonneuse.

Glaner des graminées sauvages et autres

Un autre élément commun, mais qui apporte légèreté aux compositions dans lesquelles il est intégré est la graminée sauvage. Il en existe de nombreuses variétés qui sont toutes délicates, voire romantiques. Leurs textures, leurs ports et leurs diverses teintes en font un élément à considérer. Les travailler en masse leur donne de la présence et du caractère.

Une plante commune et qui pourtant possède un grand potentiel est la vesce Jargeau (vicia cracca). Plante grimpante à vrille, elle tient bien en vase en plus de s’intégrer facilement grâce à sa délicatesse et à ses minuscules vrilles que l’on peut utiliser pour la fixer.

Certaines plantes ligneuses telles le framboisier odorant offre des courbes et des textures inhabituelles. Le travail de ce type de végétaux permet de créer des compositions originales. Le travail d’éléments particuliers influence la position des fleurs et donc, le rendu final.

Il est d’usage d’enlever les feuilles pour un maximum de durabilité. Mais parfois les laisser, donne, l’impression d’un ombrage, technique de design. Une technique qui apporte un côté « secret » à l’ensemble.

Notre métier en est un d’observation.

C’est encore plus vrai lorsque l’on glane puisqu’il faut avoir l’œil pour dénicher les petites merveilles. Celles qui se cachent sous la myriade de végétaux qui compose un biotope. La graine de fougère en est un bon exemple. C’est un petit élément au grand potentiel, de par sa couleur, sa forme, sa texture, sa couleur… et sa durabilité.

Parfois, il arrive que l’on rencontre le résultat du nettoyage de terrain des particuliers ou d’une municipalité. C’est-à-dire un tas de branches qui jonche le sol. C’est une manne ! Ces végétaux sont déjà récoltés et ils ne nous restent plus qu’à se servir !

Un autre élément très joli et plaisant à utiliser est la branche de mélèze. Qu’elle soit fraîche ou sèche (comme dans le cas présent) c’est un autre végétal qui possède des caractéristiques particulières et qui influence le positionnement des fleurs et des feuillages, donc le résultat final.

Glaner rime avec respect de la nature

Le bouleau blanc et jaune ainsi que leur écorce sont très prisés dans tous les domaines décoratifs. Par contre, il faut savoir que la majorité de nos bouleaux, ici au Québec, sont malades, victime de l’agrile et de la petite mineuse du bouleau. Il faut donc les récolter en respectant cette fragilité. Idéalement, on cueille sur des arbres déjà au sol. Sinon on évite de stresser l’arbre en tirant sur son écorce. On prend uniquement ce qui se détache naturellement de l’arbre.

On retrouve en sous-bois des racines et des branches moussues. Celles-ci reconnectent nos compositions avec une vue plus naturelle. Bien qu’elles ne soient pas assez fortes pour faire du travail de structure. Elles se prêtent à merveille aux travaux de finition, intégrées de façon à faire ressortir leurs courbes et les mousses qui les couvrent.

Les branches de cèdre sont très particulières. Elles sont souvent très courbes et dynamiques, même leur écorce suit le mouvement. Ce type d’élément parfaitement imparfait marque une nouvelle tendance. Celle de rechercher le caractère et l’expressivité du matériel pour créer une émotion.

Glaner et la cueillette responsable !

Enfin, on retrouve de nombreuses variétés de mousses plus intéressantes les unes que les autres. Elles sont incroyablement polyvalentes et peuvent être utilisées à plusieurs sauces. Par contre, il faut savoir que certaines variétés sont très, très longues à s’implanter, pousser et se régénérer. Dans cet esprit, il faut récolter avec parcimonie et éviter de tout prendre… Mieux vaut en laisser pour la prochaine fois !

Des commentaires et des suggestions ?

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